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>>   Fiction
Abstract:
Drame relatant la recherche spirituelle de Vojdani telle que contée dans "Fire on the Mountain Top", joué par de jeunes gens bahá'ís et chercheurs.
Written in French.

Vojdani:
Ou, La quête: drame en huit tableaux

by Pierre Spierckel

2007
PERSONNAGES:

NOÉMIE, vingt ans. baha’ie. Elle joue aussi la mère, un disciple, un derviche, un porteur, le poète.
THOMAS, vingt ans baha’i. Il joue aussi le molla, un disciple, lederviche blanc.
ALAIN, vingt ans. Cherche. Il joue aussi Vojdani.
BERNARD, vingt ans. baha’i. Il joue aussi le père, un disciple, un derviche, un porteur, le grammairien.


La scène se passe en France, aujourd’hui, puis en Iran à la fin du 19ième siècle. Décors simples mais beaux, changés à vue par les acteurs. Les changements de costumes se feront à vue eux ausi.
      Une musique adaptée ponctuera l’action.

PREMIER TABLEAU

(En France, aujourd’hui. Thomas, Noémie, Bernard et Alain sont en scène. Assis, décontractés, il se racontent des histoires. Nous sommes un tranquille après-midi de printemps. Thomas leur sert à boire, les autres rient. Musique à la mode en fond.)

THOMAS
En voici une autre : Un grand érudit vient au village pour y donner une conférence. Il arrive dans la salle réservée : personne !... Ah, si, dans un coin, un homme attend patiemment.
“ Qui es-tu ?
- Le palefrenier, monsieur.
-Tu es seul ?
- Il paraît...
-Les autres ne viendront pas ?
- Je le crains, monsieur. Le travail aux champs...
-Eh bien, dit l’érudit, conseille-moi : Penses-tu que je devrais donner ma conférence devant toi seul ?
-Oh, moi ! monsieur, je ne suis qu’un homme très simple et je ne connais rien à ses choses, mais je sais que si, en arrivant à l’écurie, je trouvais tous les chevaux partis sauf un, je lui donnerais quand même à manger.
- Ah! ah!... très bien. Je vais donc parler pour toi seul.
Et l’érudit donne sa conférence. Il fait son possible pour impressionner son unique spectateur, ce qui est aussi une façon de le remercier. A la fin, très fier, il demande au palefrenier : “ Alors, dis-moi, comment as-tu trouvé ma conférence ?
-Oh, moi ! monsieur, je ne suis qu’un homme très simple et je ne connais rien à ces choses, mais...si je n’avais trouvé à l’écurie qu’un seul cheval... je sais que je ne lui aurais pas donné tout le foin !…
      (Ils rient)

ALAIN
Formidables tes histoires, Thomas ! Où vas-tu les chercher ?

THOMAS
Oh! C’est encore une histoire orientale bien connue. Noémie ou Bernard auraient pu te la raconter. j’en connais d’autres.

BERNARD (un peu blasé)
Alain méfies-toi : Thomas connaît beaucoup d’histoires. Ne le pousse pas trop, sinon, il ne va plus te lâcher.

ALAIN
Ca ne fait rien : j’aime bien ces histoires? Je ne connais rien à la culture arabe, et jusqu’à maintenant, pour moi, les Arabes étaient soit des émirs, soit des émigrés !

BERNARD
Parlons plutôt de culture orientale ; et tu peux dire, pour être certain de ne pas te tromper, culture tout court, car on retrouve des traces de l’influence de cette culture partout.


NOÉMIE
Bernard, arrête ! On dirait mon prof. ... Je peux vous en raconter une ?

ALAIN
Oui, vas-y, je t’écoute.

NOÉMIE
Bon. Eh bien... (elle se lève pour mieux raconter) mon histoire se passe à Bagdad, la ville des mille et une nuits, mais sans Shéhérazade !

BERNARD (blagueur)
Puis-je le regretter ?

NOÉMIE
Tu puis-je !

THOMAS
c’est pas fini, vous deux ? Vas-y, Noémie, on t’attend.

NOÉMIE
D’accord. Un jour Ibrahim, riche marchand de Bagdad, envoie son serviteur au marché. “Ahmad, lui dit-il, j’attends mes amis pour ce soir. Va nous acheter les oranges les plus belles, les dattes les plus succulentes, les citrons les plus rafraîchissants que tu puisses trouver. Va et ne traîne pas en route !”... Ahmed part et revient bientôt, les mains vides. Il est pâle, ses traits sont décomposés, ses genoux tremblent, sa gorge est sèche. Il se jette aux pieds d’Ibrahim :
“Maître, mon bon maître, aie pitié de moi !
- Que se passe-t-il, Ibrahim ? Où sont mes oranges ?
- Pardonne-moi de t’avoir désobéi, ô mon maître, mais en arrivant au marché, j’ai croisé l’Ange de la mort.
-L’Ange de la mort ?
- L’Ange de la mort , oui !… Il me regardait si fixement que mes pieds se collèrent dans la poussière.
- Et alors, qu’as-tu fais ?
-J’ai voulu lui tourner le dos, mais son regard d’épouvante ne me quittait pas. Ô maître, si tu avais vu ses yeux ! Terribles !... J’y ai laissé mes babouches, mais j’ai pu m’enfuir, et me voilà. Maître, mon bon maître, ne me demande pas de retourner au marché !
- Non, non... mais que veux-tu faire maintenant ?
- Si tu voulais, mon maître, tu me prêterais ton cheval afin que je puisse m’enfuir jusqu’à Kerbéla, chez mon cousin, en attendant que l’Ange m’oublie.
Ibrahim est un brave homme de marchand. Il prête son meilleur cheval à Ahmed qui se sauve jusqu’à Kerbéla. Puis, courroucé, il se rend au marché pour y acheter lui-même ses fruits. Il remarque, furieux, que les meilleurs sont déjà partis. Soudain, il tombe face à face avec l’Ange. Il l’interpelle : “Pourquoi, ce matin, as-tu effrayé mon serviteur Ahmed, dont je suis si content ?
- Il est vrai, réponds l’Ange avec douceur, il est vrai que je l’ai regardé avec insistance, je m’en souviens très bien. Mais ce n’était pas pour l’effrayer, je t’assure.
- Tu l’as terrifié à tel point qu’il a refusé de revenir pour m’acheter des fruits. Pourquoi ?
- C’est que j’étais surpris de le trouver au marché de Bagdad.
- Qu’y a-t-il de surprenant à rencontrer mon serviteur au marché de Bagdad, le mieux achalandé de tout le pays ?
- Si je fus surpris de l’y trouver c’est que j’ai rendez-vous avec lui ce soir… à Kerbéla...

ALAIN (silence, puis)
Super !... Elle est chouette ton histoire, Noémie !

THOMAS
Je ne la connaissais pas. Elle est très belle.

BERNARD
Profonde...

ALAIN
Très profonde... Mais dites, je ne suis pas venu pour entendre des histoires, même drôles, même profondes. Vous deviez me parler de votre foi, cette religion nouvelle que je ne connais pas. Noémie m’en a touché un mot, très peu, mais je me souviens du nom : “baha’i”,comme Hawaï mais avec un “b”. C‘est ça, non ?

NOÉMIE
C’est bien la peine que je me crève à t’expliquer, si c’est tout ce que tu as retenu !

ALAIN
Je te taquine. Mais c’est vrai que je n’en sais pas grand-chose. Attends... Tu m’as parlé d’une unité de base des grandes religions fondées par des messagers divins, sortes d’intermédiaires entre les hommes et Dieu ; d’un Dieu qu’on ne peut pas connaître directement et impossible à concevoir et tu as mentionné, je crois, l’unité de l’humanité. C’est ça ? Tu vois que je t’écoute. Mais je n’en sais pas plus. Ce Baha’u’llah qui a fondé votre religion au dix-neuvième siècle, qui est-ce ? Quelle est sa relation avec le Christ, par exemple? Allez, Thomas, tu m’en parles ?

THOMAS
Mais tu en sais déjà pas mal. Moi, si tu veux bien, je préfère te raconter encore une histoire…Celle de Vojdani, par exemple. (aux autres) Vous la connaissez ?

BERNARD
Non

NOÉMIE
Je l’ai déjà entendue, mais ça ne fait rien !

ALAIN
Si c’est une histoire baha’ie, je ne la connais pas, forcément ! ... Qui est ce Vojdani ?


      •
Vojdani

DEUXIÈME TABLEAU

(Lentement, au début du tableau, chaque acteur changera de costume tout en parlant. Il changera ainsi de personnage, sans chercher forcément à synchroniser la fin de son habillage avec le dialogue. Faire tout cela avec naturel. Alain s’habille en Vojdani, Noémie devient la mère et Bernard le père de celui-ci. Thomas, une fois son texte dit, transformera le décor pour en faire un intérieur, vaguement persan grâce à quelques objets. La musique peut devenir orientale, mais sans excès.)

THOMAS
L’histoire se passe en Perse, au début du siècle. Vojdani est le fils aîné d’une famille de riches courtisans...

ALAIN
C’est une histoire vraie ?

THOMAS
C’est une histoire vraie... Vojdani a reçu l’éducation raffiné mais superficielle des enfants nobles de ce pays. Ses parents mettent en lui beaucoup d’espoirs.

LA MÈRE
Mon enfant, mon petit, toi toujours si doux, si obéissant, que t’arrive-t-il ?

VOJDANI (joyeux mais ferme)
Mère! les enfants grandissent et changent! Je suis toujours votre fils aimant, doux et obéissant, mais aujourd’hui, je sens que je dois partir.

LE PÈRE
Vojdani, Vojdani ! Je t’ai élevé avec tout le soin que mérite un enfant de ta condition. Et je suis fier de toi. Même si je n’étais pas ton père, j’affirmerais à qui veut l’entendre que tu as toutes les qualités, tous les dons ! Tu fais honneur à ta famille et, le jour venu, tu me succéderas auprès du Prince. Ainsi ai-je pris la place de mon père lorsqu’il est retourné à Dieu ; ainsi mon père avait-il pris la place du sien... Tu appartiens à une noble famille, tu le sais. Les générations que nous ont précédés ont durement travaillé pour que notre lignée occupe la place méritée qu’elle occupe aujourd’hui. Les plus grands honneurs t’attendent. Pense à la joie de tes ancêtres, pense à ma fierté ! Qu’est-ce qu’un père peut désirer de plus que de voir son fils prendre sa place et porter, plus haut encore et plus loin, la gloire et l’honneur de sa famille ?... Tu peux prétendre aux charges les plus hautes !

VOJDANI
Père, tu me parles de qualités, de dons que je possède... Mais je n’en suis pas aussi certain que toi. Pour être digne de ces ancêtres qui font ta fierté, je veux me frotter au monde, m’éprouver, découvrir qui je suis. Et comment le faire en restant enfermé dans le quartier des femmes comme un enfant ? C’est la réalité du monde que je veux éprouver, contre laquelle je veux m’écraser pour découvrir si je vais éclater comme une grenade trop mûre ou rebondir comme une balle de gomme...

LE PÈRE
Tu ne peux désirer la ruine de ma famille, qui est aussi la tienne ! Tu ne peux vouloir réduire à néant tous les espoirs que j’ai placés en toi !... À quoi te servira de découvrir cette réalité dont tu parles ? Elle est ici, ta réalité, dans la capitale, auprès du Prince, Ombre de Dieu sur la terre. Pourquoi vouloir se rouler dans la boue quand on est appelé à se vêtir de soie et d’or ? Pourquoi se compromettre avec des êtres méprisables quand on est destiné à fréquenter les plus nobles et les plus raffinés des courtisans du royaume ? Or c’est pour cela que je t’ai élevé, et pas pour vivre la vie absurde d’un derviche pouilleux... Tu ne peux rayer d’un trait insouciant vingt ans de soins, de patience, d’amour. Vingt ans !... Tu va rester, dis ? Tu dois rester !

VOJDANI
Je dois partir, père, et tu sais que ce n’est ni l’insouciance ni la légèreté qui m’entraînent. C’est ainsi. C’est ma manière de te remercier de tout ce que tu m’as donné. Je connais la cour. Je connais le Prince... J’ai besoin de connaître le reste du monde, ou du moins le reste de mon pays et de ses peuples. Je vois, au plus chaud de mon être, une lampe qui me dit de la suivre, qui me murmure que la réalité n’est pas, n’est pas seulement, les usages policés, les courbettes et les complots ! Si je deviens un jour conseiller du Prince, je veux être un bon conseiller. Et pour cela, je dois vivre mes expériences... traverser mes épreuves... C’est pour te faire honneur, père...

LE PÈRE (las)
Vojdani, mon fils... Reste. Si tu savais ce que j’ai subi pour toi, pour garder à la cour cette place qui nous revient de droit mais que tant d’envieux voudraient nous voler !... Reste !

LA MÈRE (que l’inquiétude énerve)
Et qu’espères-tu trouver ailleurs, que tu ne connais pas chez toi ?

VOJDANI
Je n’en sais rien ! Mais c’est parce que je l’ignore que je pars ! Je veux chercher, découvrir, comprendre, ceci, cela, tout !... Mais rassurez-vous, je pars pour revenir. Rester, je ne peux. Revenir, sans doute. Plus tard.

LA MÈRE (sanglotant)
Oh... Vojdani !

LE PÈRE
Et mes amis ? Que vont dire mes amis ? Et les ministres ? Le Prince lui-même ? Que pensera-t-il s’il apprend - et il l’apprendra, sois-en certain - que tu dédaignes ses faveurs pour courir après des chimères ? As-tu pensé à cela ?

LA MÈRE
Et les dangers de la route ? Le désert où se font détrousser les voyageurs sans défense ? Le désert où rôdent ces horribles bêtes qui nettoient les cadavres jusqu’aux os ?...

LE PÈRE
Tu ne veux pas mourir comme un Guèbre, ces maudits zoroastriens qui n’enterrent pas leurs morts, dis ?

VOJDANI
Mais...

LA MÈRE
Et la montagne ? La montagne où le froid est si vif qu’il fend des pierres énormes. La montagne où sévissent les génies malfaisants. La montagne du vent, de la glace et des pierres. Comment vas-tu résister à la montagne où nul n’habite, toi qui n’a connu que la chaleur d’un doux foyer ?

VOJDANI
Mais je ne pars pas pour mourir, mère chérie, je pars pour vivre ! Vous vous inquiéterez pour moi ? Bon. Cela changera-t-il beaucoup ? Si vous ne trembliez pas, seriez-vous une mère ? Si je ne vous faisais pas trembler, serais-je un fils ? C’est difficile pour vous, je le sais, mais croyez-vous que pour moi cela se fasse tout seul ? Je vais quitter mon berceau, sortir de mon cocon, déployer enfin mes ailes et me brûler peut-être à la lampe... Mais mon père m’a appris que ce qui est de valeur est toujours difficile à obtenir, n’est-ce pas, père ?... Et ma mère m’a toujours encouragé à la curiosité. (à son père) Euh, pourquoi les Guèbres n’enterrent-ils pas leur morts ?

LE PÈRE
Parce que ce sont des chiens d’infidèles !

VOJDANI
Certainement, père. Mais ils ont sans doute leurs raisons. On ne reste pas infidèle pour le seul plaisir d’être humilié sur terre et maudit au ciel. Et leurs raisons m’intéressent. Cette diversité de croyances qu’on trouve dans notre pays m’intrigue.

LE PÈRE
Tu appartiens à la vraie foi, mon fils, ne l’oublie jamais ! Ne va pas te souiller au contact de ces maudits !

LA MÈRE
Et toutes ces nouvelles idées qui traînent... Le prêtre en parlait encore ce matin à la mosquée. Méfiez-vous des idées nouvelles, disait-il, même si elles viennent de religieux : elles puent l’enfer !... Quelle époque ! On ne sait plus à qui se fier. Vojdani ! ne va pas perdre ton âme !

VOJDANI
Vous m’avez élevé dans la religion, mère. Je crains Dieu. Comment pourrais-je me laisser séduire par des mécréants ? Je veux gagner le droit d’appartenir aux élus, à notre sainte religion, en recherchant la vérité, comme si vous ne me l’aviez pas inculquée. Néanmoins, je vous promet de me méfier, d’être circonspect et réfléchi... Je dois partir maintenant.

LE PÈRE
Seigneur ! Pourquoi m’accabler ainsi ?

LA MÈRE
Vojdani !

VOJDANI
Au revoir, mère. Priez pour moi... Père, je reviendrai bientôt, si Dieu le veut.

LA MÈRE (dans un souffle)
Vojdani !

LE PÈRE
Vojdani ! Tu cours après des mirages et des songes ! Depuis des siècles, les hommes gâchent leurs vies à tenter de trouver la vérité, la certitude. Fais comme tout le monde : va à la mosquée le vendredi et laisse ces questions oiseuses aux prêtres. À chacun son travail... (Vojdani recule lentement pour s’en aller) C’est bon, mon fils, va, va... Je prierai Dieu pour qu’il t’éclaire.

VOJDANI
Puisse-t-il vous entendre ! (Il sort à reculons en s’inclinant devant ses parents).




TROISIEME TABLEAU


(Extérieur en Perse, avec une porte. Thomas revêt un costume de molla : robe noire et turban. Noémie et Bernard se transforment en disciples du molla : costumes orientaux simplifiés, turbans de couleurs différentes que celui du molla. Ils s’asseoient en tailleurs autour de leur maître qui parle, pendant que Vojdani les rejoint, marchant, comme fatigué d’un long voyage. Thomas (le molla) parle à ses disciples et non aux spectateurs.)

LE MOLLA
Ainsi Vojdani s’engage sur le chemin du monde. Sur sa route, il entre dans une mosquée et se sent attiré par les discours d’un prêtre qu’entourent de nombreux disciples. Les paroles Qu’il entend lui vont droit au coeur. Le molla parle du besoin de régénérer les moeurs et la religion. Il affirme la proximité d’une ère nouvelle dans laquelle tout sera différent : les enfants en bas âge en sauront plus alors que les vieillards de son temps. La vie sera plus dense, plus pleine, plus riche. La vraie religion se répandra sur la terre. Les promesses que Dieu fit de tous temps à l’homme seront enfin réalisées...
      Un soir, rassemblant son courage, Vojdani décide de suivre le prêtre jusqu’à sa demeure (Thomas et Alain jouent leurs rôles). Il s’approche et frappe timidement à la porte.

VOJDANI (il frappe encore quelques coups, puis, timide)
Maître !

LE MOLLA (entrouvrant sa porte)
Bonsoir, ami. Que veux-tu ?

VOJDANI
Maître, je t’écoute depuis peu, mais tous les jours, à la mosqué. Ce que tu dis rafraîchit mon âme et je sens que tu peux me guider vers l’objet de ma quête. Accepte-moi comme disciple. Je suis prêt à t’obéir en tout. Montre-moi le chemin, Maître, je t‘en prie : guide-moi !

LE MOLLA
(silence, puis) Qui es-tu ?

VOJDANI
Vojdani, de Téhéran.

LE MOLLA
Et... tu cherches la vérité, bien sûr...

VOJDANI
Oh, oui ! maître. La vérité !

LE MOLLA
Je ne peux te l’apprendre. Pas encore. Mais au moins puis-je te dire comment on doit la chercher. Écoute Vojdani : (pendant qu’il parle, Noémie joue le rôle d’un molla sans changer de costume et Bernard, ôtant sa robe de disciple, joue le rôle de Majnoun, habillé en mendiant. Ils pourraient porter des masques genre commedia d’el arte). On raconte que Majnoun, amoureux fou de Leyla et séparé d’elle par le destin, fut remarqué, assis à terre, passant ses doigts dans la poussière sèche du chemin...

LE MOLLA (Noémie)
Que fais-tu là, Majnoun, à racler le sol de tes doigts sales ?

MAJNOUN (Bernard)
Je cherche... Je cherche Leyla, ma bien-aimée...

LE MOLLA
Hérétique ! Blasphémateur ! ... Leyla la blancheur, Leyla la pureté même ! Leyla, l’astre éclatant de nos cieux étoilés ! ... Leyla qui t’aime, dis-tu...Toi tu la cherches dans la poussière et dans la boue ! Honte, honte sur toi ! Comment peux-tu faire une chose aussi vile ?

MAJNOUN
Hélas ! malheureux que je suis !... Leyla, mon amour éternel, Leyla, la moitié de mon âme, mon souffle et mon sang... Hélas ! Je la cherche partout car ainsi, peut-être la trouverais-je quelque part...

(Pendant que le molla-Thomas reprend la parole, Noémie et Bernard reprennent leur rôles de disciples).
LE MOLLA (Thomas)
Ainsi doit-on chercher la vérité, Vojdani.

VOJDANI
Tes conseils font l’effet d’une eau fraîche et limpide sur mon âme assoiffée. Continue, maître, guide-moi car je suis aveugle. Enseigne-moi, car je suis ignorant. Enrichis-moi, car je suis dénué. Ordonne car j’ai soif d’obéir !...

LE MOLLA (doucement)
Écoute, Vojdani. Écoute et grave mes conseils dans ton coeur : Si tu rencontres, sur le chemin que tu parcours, un homme qui te propose d’être ton maître, fuis-le !... Ce n’est ni de science ni de d’exercices et encore moins de privations dont tu as besoin pour atteindre la vérité, mais de sincérité et de détachement. Ne cherche pas de guide parmi les hommes, mon ami. Recherche ton Bien-aimé et, si ton intention est sincère, sois assuré que tu le trouveras. Que Dieu te garde, Vojdani !

VOJDANI
Maître ? ... Maître ! Ne me laissse pas seul ! Comment moi, si insignifiant, si misérable, si ignorant, si petit, comment pourrais-je trouver le Très-Grand ?

MLE MOLLA
Ne dis pas qu’un grain de sable est petit : mâche-le, et tu verras comme il est fort !... Va, “mon disciple” ! quitte-moi pour le trouver...

(Thomas referme la porte. Puis il revient sur scène sans son turban. La lumière change un peu. Thomas s’assoit, disciple parmi les disciples. Vojdani revient vers le groupe qui est silencieux. Triste, Vojdani demande:)

VOJDANI
Où est-il ?

PREMIER DISCIPLE (Noémie)
De qui veux-tu parler ?

VOJDANI
Où est-il ce prêtre dont les mots, les idées, coulaient comme du miel sur nos esprits meurtris. Tu dois le savoir, toi. Je t’ai vu l’écouter avec attention, l’admiration débordant de ton regard tendu. Et toi : toutes les mouches de la mosquée seraient entrées dans ta bouche sans te gêner, tant tu béais d’admiration en l’écoutant ! Où est-il ?... Toi, tu vas me parler, qui restait près de lui, époussetant en signe respect , le sol où il s’asseyait avec ton turban. Pourquoi n’est -il pas là, aujourd’hui, au milieu de ses fidèles disciples ?

DISCIPLE 2 (Bernard, lui tournant le dos)
Il ne viendra plus.

DISCIPLE 1 (Noémie)
Et d’abord, qui es-tu pour poser des questions ? Et pourquoi mens-tu ? Ce n’est pas vrai que je l’écoutais comme tu le dit. J’étais là, assis, par hasard, tout à mes dévotions, et ce prêtre-là n’était qu’à quelques mètres.C’est tout.

DISCIPLE 2
C’est vrai ! Nous étions plongés dans nos dévotions, et ce prêtre qui pérorait tout à côté, nous perturbait plus qu’autre chose. Mais, grâce à Dieu, c’est bien fini !


VOJDANI
Qu’est-ce qui est fini ?

DISCIPLE 3 (Thomas)
Il ne nous dérangera plus ! Il n’exigera plus mon turban pour s’asseoir, orgueilleux, impudent qu’il était !

DISCIPLE 2
Le traîte a été démasqué.

DISCIPLE 1
Quelle chance nous avons eue !

VOJDANI
Mais de quoi parles-vous ? Expliquez-moi, je ne comprends rien à vos insinuations.

(Les trois disciples l’entourent, prenant des airs de comploteurs apeurés. Peu à peu, la lumière change, venant du côté cour, lumière du soleil couchant.)

DISCIPLE 1
Ce prêtre que tu trouvais digne d’éloges était un mauvais berger. Il a été chassé de notre sainte mosquée qu’il souillait de sa présence hérétique : c’était un baha’i !...

VOJDANI
Un baha’i ?...(silence) Cet homme aux idées si fortes, à la parole si droite, au regard si juste... était un baha’i ?..

DISCIPLE 3
C’est vrai qu’il parlait bien, mais c’est le cas de tous ces rénégats.

VOJDANI
Un baha’i ? Mais pourquoi le laissait-on parler ?

DISCIPLE 2
Son discours plaisait en effet. De plus, il affectait tous les dehors de la vraie religion. Ce n’est que lorsqu’il commença à attirer de nombreux disciples que les autres mollas, inquiets peut-être de cette concurrence, commencèrent à s’inquiéter de son orthodoxie.

DISCIPLE 1
Attention à tes paroles, l’ami. Elles pourraient être rapportées à qui de droit et te causer bien des ennuis...
DISCIPLE 2
On pouvait s’y tromper, non ? Il connaissait le Coran par coeur, et les traditions comme nul autre.

DISCIPLE 3
Quand je pense !... Quand je pense que j’ai failli me déclarer ouvertement son disciple, pennsant que cela pourrait me servir plus tard.. Heureusement qu’il fut démasqué à temps !

VOJDANI (vide)
Je suis allé, moi, lui demander de le suivre...

DISCIPLE 2
Alors ?

VOJDANI
Il a refusé... Nul homme ne mérite d’être suivi comme guide, disait-il, nul si ce n’est le Promis.

DISCIPLE 1
L’hypocrite ! ... Tu as eu de la chance. Tu te rends compte : un baha’i !

DISCIPLE 2
Bon, bon, tout le monde peut se tromper.

DISCIPLE 3
Pourvu que personne n’ai remarqué que nous l’écoutions...Séparons-nous, c’est plus prudent !...


QUATRIEME TABLEAU

(Extérieur persan. Les quatre acteurs vont revêtir, tout en parlant, leurs costumes de derviches. Ils auront tous l’air plus ou moins négligés, excepté Thomas, tout de blanc vêtu).

THOMAS (en narrateur)
Et Vojdani s’en va, fort déçu car il avait appris, comme tout le monde, que les baha’is étaient de dangereux hérétiques, renégats qui, disait-on, ne croyaient ni en Dieu ni en son Prophète, et qui propageaient de dangereuses idées novatrices.

NOÉMIE (s’habillant)
Qui lui avait mis ces inepties en tête ?

THOMAS.
O ! Tout le monde et n’importe qui... L’air du temps, la rumeur publique, l’affirmation répétée des prêtres qui trouvaient que la moins pernicieuse de ces idées n’était pas celle affirmant que le temps du clergé est fini !

ALAIN (En Vojdani, il attend que les autres soient habillés)
Mais enfin, il ne pouvait pas se renseigner ?

BERNARD (s’habillant)
Difficile de lutter contre une croyance propagée par la classe sociale qui représente le savoir, la connaissance, c’est-à-dire le clergé de la Perse musulmane du dix-neuvième siècle. N’oublies pas que l’immense majorité des Persans ne savaient pas lire et que les prêtres avaient sur eux droit de vie et de mort !

THOMAS
Alors Vojdani décide d’apprendre. Une école de théologie ne le retiendra que quelque temps. Il la quitte, découragé par l’étroitesse d’esprit des maîtres. Désemparé, il décide de se faire derviche.

ALAIN
Je veux bien être derviche, mais il faut m’expliquer ce que c’est !

(Chacun s’installe à sa place, tout en parlant. Vojdani ira de l’un à l’autre.)

BERNARD
Les derviches ? Des gens curieux. Le pire et le meilleur. Des moines errants, des fous de
Dieu allant par les chemins, mendiant leur nourriture, sales presque toujours, un peu parasites... Sans croyances bien établies, mais qui avaient en commun de rejeter les règles et les lois religieuses pour chercher une voie d’accès directe vers la Divinité, au moyen d’exercices plus ou moins difficiles. Contournant le Prophète et la révélation, tout en s’affirmant musulmans, il pouvaient ainsi faire un peu n’importe quoi.

DERVICHE 1 (Noémie)
Pour t’unir à Dieu, ô disciple, immobilise-toi pendant six mois, ou mieux, pendant un an, et fais le vide dans ton esprit...
THOMAS (vêtu en derviche blanc, il s’adresse au public)
Vojdani essaya toutes les recettes, des plus absurdes aux plus contraignantes. Il essaya tout.

DERVICHE 2 (Bernard)
Répète trois cent mille fois “Dieu est grand” et toi aussi, ô mon disciple, tu deviendras grand...

DERVICHE BLANC (Thomas)
Les maîtres spirituels ne manquaient pas chez les derviches ! La diversité non plus ! ... Oubliant les conseils du molla hérétique, Vojdani reste des heures immobiles au soleil, se brûlant la peau et les yeux... Il récite dix mille fois le même verset, puis recomence... Il jeûne jusqu’à presque en mourir... S’il subit la faim, la soif, le froid et la chaleur, la fatigue et l’ennui, il connaît la tristesse et la solitude, il connaît aussi la glace qui vous serre le coeur lorsqu’on devine qu’on n’est plus sur le chemin, et qu’on ne sait où aller... Un jour, désespéré, il rencontre un derviche qui n’était pas comme les autres derviches.

VOJDANI (Il s’adresse au derviche blanc, mécaniquement)
Maître, sois mon guide sur le chemin...

DERVICHE BLANC (toujours au public)
Ce derviche était propre, propre et vêtu de blanc. Seuls les attributs traditionnels des derviches il montre sa canne et son bol à aumônes) indiquaient son état.

VOJDANI (fatigué, voix blanche)
Maître, rafraîchis mon âme qui brûle au feu de la séparation...

DERVICHE (au public)
Et les conseils de ce derviche étaient aussi surprenants que sa propreté.

VOJDANI
Maître, je jure de t’obéir en tout, sans jamais hésiter, car peut-être as-tu trouvé ce que je cherche depuis tant d’années...

DERVICHE BLANC
je sais ce que tu cherches, ami...
(Vojdani se place de sorte que, lui parlant, le derviche blanc s’adresse aussi au public. Pendant ce temps, Noémie et Bernard reprennent leurs habits de parents.)
... Pendant quelques semaines, le derviche enseigna Vojdani. Il lui apprit à se méfier des apparences. Il lui rappela que les derviches sont, comme les autres hommes, au pire des hypocrites échangeant un faux savoir contre de vrais avantages, au mieux, des êtres sincères mais ignorants, perdus, en recherche... Il lui dit que sur le sentier, nous sommes tous égaux et que le plus fruste, le moins instruit, peut atteindre le but si son coeur est pur, alors que des lumières de savoir en restent éloignés de par leur éclat même... Il lui apprit à ne pas rejeter le monde, mais à le changer en se changeant lui-même... (à Vojdani) N’oublies pas la promesse : “o fils de l’amour ! un seul pas te sépare des hauteurs glorieuses et de l’arbre céleste de l’amour. Fais un pas puis, d’un second, avance vers le royaume immortel et pénètre dans le pavillon d’éternité.”


CINQUIEME TABLEAU

(changement de lumière. Intérieur des parents de Vojdani.)

THOMAS (qui se change en cousin de Vojdani)
La joie des parents en voyant revenir l’enfant prodigue !...

LA MÈRE
Vojddani ! mon enfant !... âme de mon âme, consolation de mes yeux, tu es revenu... mes mains tremblent de grand âge, mais c’est le bonheur qui me fait pleurer. Je peux mourir, mon fils est revenu.

LE PÈRE
Dieu soit loué ! Dieu soit loué ! Reprends la place qui est la tienne ! Tu es revenu dans ta maison. Mes nuits ne seront plus inquiétude et désespoir, mes jours ne seront plus solitude et colère, ma vie ne sera plus impuissance et frustation. Je vais dormir enfin ce soir... depuis si longtemps !... Tu as fait un long chemin, mon fils, assied-toi. Tu as changé. Tu parais plus fort, plus endurçi, plus sombre aussi. Tu es devenu un homme, mais dans tes yeux, je lis que tu n’as pas trouvé ce que tu cherchais.

LA MÈRE
Comment te sens-tu ? As-tu faim ? Es-tu en bonne santé ? Tu as un peu maigri. Veux-tu boire quelque chose ? N’as-tu pas trop souffert ? Parle ! au nom du ciel : ton silence m’est torture !...

VOJDANI
Chers parents dont la vue devrait réjouir mon coeur ! ... Chers parents ! ... Ma souffrance semble dire que mon coeur est bien mort, à courir, éperdu, dans le désert de l’absence, à se dessécher aux vents de l’adversité et du désespoir... J’ai froid, là...(il se frotte le coeur)

LE PÈRE
Allons, allons, n’as-tu pas rencontré de ces saints hommes qui t’auraient guidé, selon l’usage, vers les pratiques propres à l’élévation de ton âme ? C’est ce que tu cherchais.

VOJDANI (en continuant à se frotter le coeur)
Hélas ! Des seuls êtres qui m’ont paru dignes de confiance, qui m’ont semblé posséder ce trésor ineffable que chacun se doit de chercher, l’un était baha’i et l’autre...

LE PÈRE
Quoi ? ...Serais-tu infecté, toi aussi, par cette peste qui ronge au flanc la vraie religion ? Si tel est le cas, sache que je te renie à jamais... à moins que tu ne reviennes dans le droit chemin.

VOJDANI
Mais père...

LA MÈRE
Mon fils aimé, je t’en conjure, ne t’approche pas de ces gens !



LE PÈRE
Par magie et par malice, ils attirent ignorants et sages dans leurs filets diaboliques. On dit même qu’il est dangereux de boire le thé chez eux car on risque de devenir baha’i aussi !

LA MÈRE
Le prêtre en parlait encore à la mosquée vendredi... Trois furent tués dans notre rue, la semaine dernière, et l’acte est hautement méritoire aux yeux de Dieu, disait le prêtre. Des voisins à qui je parlais tous les jours… Qui aurait pu croire ?

VOJDANI
Mais enfin ! mes parents chéris, je cherche la vérité : comment pourrais-je me fourvoyer ainsi ?... Vous m’avez éduqué dans notre sainte religion ; je n’en veux pas sortir mais seulement me prouver qu’elle est bien la seule vraie, et je prie Dieu tous les jours de me montrer le droit chemin. Ce baha’i était un prêtre de notre religion. Il en avait le costume au moins. C’est pourquoi je l’écoutai... Ses paroles coulaient en moi, rafraîchissantes et pures. Je voulus même le suivre, mais il refusa... Ce n’est qu’ensuite que j’appris que c’était un baha’i… Sans doute une épreuve que Dieu m’envoya...

LE PÈRE (inquiet et, en même temps, rassuré)
Sans doute, sans doute... Et l’aute dont tu nous a parlé...

VOJDANI
Un derviche...

LE PÈRE (à la mère)
Un moindre mal !...

VOJDANI
...Un étrange derviche, d’ailleurs...Bien vêtu, propre, peigné, clair et simple dans ses propos, refusant lui aussi les disciples...

LE PÈRE
Curieux derviche, en vérité !

LA MÈRE
Et maintenant, où en es-tu ?

VOJDANI (rêveur)
En dépit de lui-même, ce derviche a conquis mon coeur et mon âme. Il commande, j’obéis. S’il m’ordonne d’aller méditer pendant dix ans au sommet d’une montagne, je pars sur l’heure. S’il m’affirme qu’il faut se lacérer le dos nuit et jour pour atteindre au but, je commence à l’instant... S’il me conduit au bord du précipice et m’ordonne: “saute !... et vole”, je saute les yeux ouverts. J’obéis, j’obéis, confiant qu’il sait ce que je ne comprends pas. J’obéis !

LA MÈRE
Mon pauvre enfant !

LE PÈRE (inquiet)
Et... quels sont ses ordres ?

VOJDANI (sombre)
Revenir dans le monde... Il me l’a ordonné !... Vivre parmi vous, cette vie que j’exècre, qui me pèse tant...

LE PÈRE
Dieu est grand ! Ce derviche est un saint homme !...

LA MÈRE
Nous savions que tu reviendrais, Vojdani. Un de tes cousins, qui a toute notre confiance, accepte de te prendre pour l’aider dans ses affaires. Cela distraira ton esprit fatigué. Es-tu d’accord ?

VOJDANI
J’obéis... Ce me sera difficile, pire que d’arpenter la solitude des déserts où j’ai perdu mon coeur, mais j’obéis. Plus difficile que d’escalader les montagnes qui ont déchiré mes doigts nus et gourds, mais j’obéis. La forêt peuplée d’animaux inconnus m’effrayait moins que les jours qui m’attendent, mais cet homme étrange a trouvé ce que je cherche de toutes les fibres de mon coeur, je le sens, et je lui obéirai, dussè-je en mourir...


SIXIÈME TABLEAU

(Décor peu différent du précédent : ajouter un banc et un arbre. La lumière baisse, c’est le soir. Le cousin (Thomas) s’assoit près de Vojdani et consulte avec lui un grand livre de comptes. Au lointain, Noémie et Bernard passeront, portant sur l’épaule des colis en sorte qu’on ne puisse les reconnaître : ils n’ont que de simples vêtements de travailleurs. Le cousin pousse un soupir. )

COUSIN
Encore une journée bien remplie !...

VOJDANI
Grâce à Dieu !... Oh ! je suis fatigué !

COUSIN
Te plais-tu chez moi, cousin ? Le travail te convient-il ? Es-tu assez payé ?... Je te vois toujours triste, absent, l’esprit ailleurs.

VOJDANI
Cousin, j’espère que tu es content de moi car je te suis reconnaissant de m’avoir pris dans ton comptoir et je fais tous mes efforts pour te contenter. Mais ne me demande pas d’être joyeux, car je vis ici ma plus grande épreuve pour obéir à mon maître, un derviche étrange qui m’a ordonné d’accomplir la tâche qui pour moi semble être la plus difficile : mener la vie des autres hommes.

COUSIN (hésitant)
La vie des autres... n’est pas forcément inutile, bête ou ennuyeuse. On peut, malgré les soucis quotidiens, s’accomplir... même dans la voie spirituelle... Que cherches-tu Vojdani ? Que cherches-tu avec ce courage et cette persévérance ?

VOJDANI
Je ne sais pas, je ne sais plus... J’ai l’impression de me cogner aux murs, de suivre des chemins sans issue... Je ne sais pas. J’ai mal, j’ai mal et je ne sais plus où ! ...

COUSIN
J’aimerais te dire un conte, mon cousin, qui pourrait peut-être t’aider à voir plus clair en toi.

VOJDANI (sans montrer beaucoup d’intérêt)
Je t’écoute.

COUSIN
Il était une fois un amoureux qui, éloigné de son aimée, soupirait depuis de longs mois et se consumait au feu de l’éloignement. Il aurait donné mille vies pour boire, à la coupe de sa présence, une goutte du vin de la rencontre. Hélas ! rien n’y faisait. Tous les médecins restaient impuissants à le guérir et ses amis l’avaient abandonné. Las, les médecins sont sans remède pour le malade d’amour. Seule peut le guérir la faveur de l’aimée.
      Alors qu’un soir, las de vivre, il sortait de chez lui et se dirigeait vers la place du marché, il s’aperçut qu’un garde le suivait. Il se mit à courir ; le garde fit de même. Il accéléra. D’autres gardes se joignirent au premier et ils finirent par barrer toute issue à l’infortuné. Affolé, courant deçà, delà, le malheureux se disait : “Ce garde est sûrement l’ange de la mort pressé de me prendre, ou bien c’est un persécuteur des hommes qui désire me malmener.” Cette victime des flèches de l’amour, gémissant dans son coeur, courait sans savoir où, lorsqu’il parvint au pied du mur clôturant un jardin, mur qu’il escalada à grand-peine car il était très haut. Là, décidé d’en finir avec la vie, il se jeta en bas, du côté du jardin.
      C’est alors qu’il put voir sa bien-aimée elle-même, une lampe à la main, cherchant une bague qu’elle avait perdue. Quand l’amoureux désespéré vit sa ravissante amie, il leva les bras au ciel en signe de prière et, poussant un profond soupir, il s’écria : “O Dieu ! accorde à ce garde richesses, gloire et longue vie, car c’était l’ange Gabriel lui-même qui me guidait et ramenait à l’existence le misérable que j’étais...”

(un temps)

VOJDANI
Ton histoire me plaît, cousin, mais si je vois bien qui furent mes anges de la mort, je ne connais pas encore mon ange Gabriel !

(un temps)

COUSIN
Vojdani... sais-tu... sais-tu en quel temps nous vivons ?

VOJDANI
Oh, oui ! le temps de la perplexité et du désespoir.

COUSIN
C’est juste avant l’aube que le ciel paraît plus noir.

VOJDANI
Le gouffre de l’ignorance et de la misère n’est pas atteint par la lumière du jour, cousin ! et la peur...

COUSIN (le coupant)
La peur ! La peur, dis-tu ? Mais elle s’évapore comme rosée sous la chaleur du soleil divin !

VOJDANI
Mais de quel soleil me parles-tu enfin ? (se levant soudain) Cousin ! aie pitié de moi !

COUSIN (se levant aussi, tendu)
Je te parle de cet astre promis par les Saintes Écritures et qui doit apparaître au temps de la fin, alors que tous seront plongés dans la nuit de l’erreur, et qui renouvellera l’éternelle foi divine. C’est une promesse, tu le sais.

(un silence)

VOJDANI
Cousin, je te crois ! (il tombe à genoux) J’accepte ! Où est-il ? Qui est-il ? Quand pourrais-je me prosterner à ses pieds ?

COUSIN (le relevant)
Là, là... Patience. Il nous faut être très prudents... Demain, demain peut-être. Ou plus tard.

(Ils s’embrassent, émus, et sortent en se tenant par les épaules. Noir bref, puis : Même endroit très éclairé. Noémie et Bernard, en parents de Vojdani , entrent en scène à reculons, suivis de leur fils. La mère pleure, le père est embarrassé. Vojdani est anxieux, agressif.)

VOJDANI (criant)
Mais répondez-moi, à la fin !

LE PÈRE
Pardon, mon fils, pardon. Je fus abusé.

VOJDANI
Où est mon cousin ? je l’ai quitté hier soir, ici même. Depuis, je ne l’ai pas revu. Répondez-moi !

LA MÈRE
Nous avons tout expliqué au prêtre : tu ne seras pas inquiété.

LE PÈRE
Je lui ai offert une forte obole. Pour être sûr d’être tranquille.

VOJDANI
Je ne comprends rien. Je ne comprends pas ce que vous me dites. Allez-vous m’expliquer à la fin ? Où est mon cousin ?

LA MÈRE
Ton cousin... O ! c’est trop horrible !

LE PÈRE
Nous l’ignorions, je te le jure !

LA MÈRE
Ton cousin nous a terriblement trompés. Il n’était pas digne de la confiance que ton père lui avait accordée.

VOJDANI
Pas digne? La confiance ?

LE PÈRE
Il m’a trompé, te dis-je, il m’a trahi ! Tu penses. Si j’avais su, je ne t’aurais pas confié à lui.

VOJDANI
Où est mon cousin ?

LA MÈRE
Hier soir, les prêtres ont annoncé avoir découvert de ces égarés qui sont partout aujourd’hui et la foule, prise d’une sainte colère...



LE PÈRE
La foule a détruit la maison où ils étaient réunis pour pratiquer sans doute leurs rites dégoûtants et impies. Ton cousin était parmi eux... Il est mort bravement. Curieux comme ces hérétiques sont courageux dans la souffrance et affrontent la mort sans crainte...

VOJDANI
Mort ! mon cousin ? Mais pourquoi ?

LE PÈRE (baissant la tête)
C’était un baha’i.

VOJDANI
Un... oh ! Dieu !... (Silence. Il commence à tourner en rond, comme ivre, puis tout en parlant, il va ôter ses habits de commerçant pour se retrouver peu à peu dans ses haillons de derviche. Ses parents tenteront en vain de l’en empêcher.) Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? ... Je cogne mon crâne aux cailloux du chemin... Mes genoux ne sont plus que cals et blessures... Mon âme saigne aux griffes des ronces d’un monde qui me dégoûte et que j’exècre... Mon coeur se dessèche de solitude, d’éloignement, de manque d’amour, et je ne rencontre en approchant de Toi que ces gens qui, dit-on, blasphèment comme ils respirent. Pourquoi ?... Je prends une porte, je prends n’importe quelle porte, et celui qui m’accueille cache d’un sourire enchanteur la plus misérable des perversion. Pourquoi ? ... Mon cousin que j’admire, à qui je me confie, dont j’accepte les paroles vivifiantes, se révèle n’être qu’un apostat ! Mais pourquoi Dieu, pourquoi ?... Je me suis agenouillé devant lui !.... Et c’était un baha’i !... O Seigneur, jusqu’à quand me poursuivras-tu ? Encore combien d’épreuves? Que dois-je faire pour être accepté au seuil de ta présence ? Que ne dois-je pas faire ?... Je suis si fatigué, si fatigué... Je m’en remets à ta volonté, Seigneur. Si je dois atteindre mon but, fais que je sache m’en rendre digne. Et si je dois m’égarer pour toujours dans le désert de l’ignorance, donne-moi la force de ne pas t’en aimer moins et d’accepter mon sort... Non ! mère, ne me retiens pas ! Ton fils est pris dans un tourbillon qui l’emporte et, pour ne pas mourir, il doit se laisser porter par le courant, la bouche au ras des flots... Peut-être n’est-il pas trop tard ! (il sort en courant comme un fou).


SEPTIÈME TABLEAU
(Noir très long, puis une poursuite(c’est un projecteur mobile) éclaire brusquement le derviche blanc (c’est Thomas) assis dans une niche du mur. Même décor qu’au quatrième tableau. La scène s’éclaire en entier à l’arrivée de Vojdani qui, toujours courant mais essoufflé, entre du côté opposé à celui par lequel il est sorti. Il se jette aux pieds du derviche impassible, mais présent).

VOJDANI
Maître !... Maître, me reconnais-tu ?

LE DERVICHE
… Mon fils… As-tu progressé sur le chemin qui conduit au désir du monde ?

VOJDANI
Maître... être près de toi me fait revivre. Enfin, je respire ! … Tu m’as demandé de vivre, de passer ma vie au milieu du monde, au milieu de ces gens qui tournent en rond, qui cherchent, qui croient chercher, qui croient ne rien chercher ou qui voudraient cesser leurs recherches... Ne me renvoie pas là-bas !… C’était comme grimper une montagne en hiver, lorsque l’effort donne trop chaud, que l’on ruisselle, que le front brûle, que la respiration irrite le fond de la gorge et qu’on sent que, si l’on s’arrête, le froid de l’air va nous saisir... Ne me renvoie pas !… C’était comme nager dans une eau noire et froide, noire parce que trop profonde, trop loin de la lumière, trop loin du soleil. Noire aussi parce qu’encombrée des algues du fanatisme, de l’intolérance, de l’ignorance, de la suffisance et de la médiocrité… Et si froide !...

LE DERVICHE
Tous n’ont pas cette chance qui est tienne, ce besoin de lumière...

VOJDANI
Oh ! je ne parle pas des autres. Je suis moi-même bien trop empêtré dans ces algues visqueuses et nauséabondes pour condamner quelqu’un. Je veux plutôt dire la société, les croyances, la vie quotidienne : on dirait qu’il n’est d’existence que contre d’autres, contre les autres, et non avec les autres. Quelle folie !…

LE DERVICHE
Parmi ces algues tentaculaires, dans cette effrayante obscurité, aucune tache lumineuse ? aucun éclat te guidant vers la lumière ? aucun reflet t’indiquant la direction ?

VOJDANI (cynique)
Maître, comme le Majnoun de Leyla, j’ai partout cherché. Partout !… Le long de sordides ruelles, je fus poursuivi par de sombres reîtres dont j’espérais qu’ils fussent messagers du destin. J’ai cru trouver des jardins verdoyants... des Leyla...(il s’arrête et soupire)

LE DERVICHE
Pourquoi cette hésitation ? Qui furent ces Leyla ? Où sont ces jardins ? Où les as-tu rencontrés?

VOJDANI
Dans la ... dans la poussière, maître ! Dans la boue ! Chaque fois que j’ai cru toucher au but, ô douleur ! ce que je croyais être une lueur n’était qu’un feu allumé par des renégats pour leurrer le voyageur innocent... Chaque fois que j’ai senti mon coeur se réchauffer, j’ai découvert que ces gens qui m’attiraient étaient des hérétiques, encore et toujours des hérétiques dévoyés !...

LE DERVICHE (comme s’il n’avait pas entendu)
Où as-tu trouvé des Leyla, Vojdani ?

VOJDANI
Pardonne-moi, maître. Je n’ose prononcer leur nom et pourtant, je te dois la vérité. Malgré moi, o ! malgré moi et sans le savoir, mon cœur fut toujours attiré par ces gens qu’on appelle... bahá’ís. Rassure-toi : je n’ai pas trahi notre sainte religion !... Mais chaque fois qu’un homme m’a paru plus chaud, plus éveillé, plus vivant que les autres, chaque fois qu’il m’a attiré par ses idées novatrices, son bon sens, ses raisonnements justes, j’ai découvert ensuite que cet homme était bahá’í. Alors, chaque fois, je me suis enfui...

LE DERVICHE
Pourquoi t’enfuir, Majnoun?

VOJDANI
Par crainte de leur magie qu’on dit puissante, par crainte de me faire emberlificoter, par crainte des réactions des autres et parce que, du Roi au grand-prêtre, tout le monde s’accorde à trouver leurs croyances hérétiques et néfastes… Mais à chaque fois, j’ai cru mourir...

LE DERVICHE
Écoute cette histoire, ami :
Un grammairien et un poète voyageaient de concert depuis longtemps déjà. Ils en avaient oublié depuis quand ils étaient partis, et d’où ils venaient ! Ils avançaient sur la voie de la connaissance, l’un aidant l’autre, et réciproquement...

LE GRAMMAIRIEN (c’est Noémie)
Qu’il est long le chemin parcouru, ô poète !

LE POÈTE (c’est Bernard)
Long et tortueux... Sans toi, grammairien, je serais embourbé depuis longtemps déjà dans les marécages des symboles, des hyperboles et des allégories...


LE GRAMMAIRIEN
Et sans toi je serais égaré dans les méandres des règles et des raisonnements... encore bien loin derrière toi, sans doute. Quoique...

LE POÈTE
Quoique tu ne puisses résister au plaisir de l’argumentation, n’est-ce pas ? Je crains que pour toi, ami, les mots soient plus que leurs objets. Tu jongles avec les noms, les verbes, les adjectifs, les prédicats et les propositions. Et tu jongles bien. Parfois, sur mon conseil, tu acceptes de transgresser un tant soit peu tes règles, tes habitudes, tes traditions, mais...




LE GRAMMAIRIEN
Mais si je te laissais faire, tu jetterais toute la science du langage par-dessus les moulins de la beauté et de l’amour !... Si belle que soit ton inspiration, ami, si exquises tes images, personne ne pourrait plus alors les comprendre et les apprécier.

LE POÈTE
Qu’importe ? puisque nous allons vers l’incompréhensible .

LE GRAMMAIRIEN
Que veux-tu dire ?

LE POÈTE
L’objet de notre quête interminable n’est-il pas cet Ami ineffable, Être des êtres, Essence des essences, dont l’approche même est indicible ? «Lorsqu’elle voulut dépeindre cet état, la plume se brisa et la page fut déchirée.»

LE GRAMMAIRIEN (pensif. Sa voix s’éteindra avant la fin de la phrase)
Bien sûr, mais si l’on ne peut plus rien communiquer, à quoi sert...

LE DERVICHE
Ainsi avançaient-ils, échangeant des idées...(Pendant qu’il parle, le poète va se tenir droit, sans raideur, tandis que le grammairien tournera autour de lui, de plus en plus agité) Et lorsqu’inattendue, la fin du voyage arriva, lorsqu’ils furent parvenus enfin aux rives de la mer de certitude, le poète y plongea sans hésiter tandis que le grammairien, indécis, se perdait dans des réflexions semblables aux mots tracés sur l’onde claire...

LE POÈTE (immobile, bouche fermée. Voix off)
Qu’attends-tu pour me suivre, o ami ?

LE GRAMMAIRIEN
Je ne sais pas. Je ne suis pas prêt. Je dois d’abord vérifier si...

LE POÈTE (idem)
Oublie tes vérifications et plonge dans les eaux de la connaissance !

LE GRAMMAIRIEN
Mais on dit, dans mes livres, que cette eau...

LE POÈTE (idem)
Oublie tes règles et tes livres et plonge dans les eaux de l’amour !

LE GRAMMAIRIEN
Mais on dit que...

LE POÈTE (idem)
Oublie les on-dit, les pourquoi, les comment. Quand on est à la source, l’eau du fleuve est trop sale pour y boire encore !
      (ils disparaissent dans le noir)

LE DERVICHE
On ne sait pas si le grammairien préféra ses livres...

      (silence)

VOJDANI
... Alors… ce que mon cousin m’annonçait était vrai ? Maître, tu es en train de me dire que les bahá’ís... qu’ils ont... que ce Messager dont ils parlent est vraiment...

LE DERVICHE
«Voici le jour où le témoignage du Seigneur est accompli, le jour où la Parole de Dieu est rendue manifeste et son évidence fermement établie.»

VOJDANI
Ainsi ce prêtre avait raison qui insistait sur le sens spirituel des Écritures. Il disait vrai encore en affirmant que nous vivons aux temps de la fin, non temps de cataclysmes, mais jour du Promis tant attendu par tous. Il ne me trompait pas en soutenant que toutes les religions sont vraies et qu’elles attendent toutes ce Promis… qui est enfin venu !... (Tout en parlant, Vojdani se tourne vers le public pendant que les trois autres, au lointain, ôtent leurs costumes et se retrouvent en T-shirts et jeans. Lui redevient peu à peu Alain, mais sans changer de costume) Ainsi mon cousin disait vrai : nos ancêtre ont eu raison d’espérer, j’ai eu raison de croire... plus de guerres, plus d’ignorance, plus de mépris... un monde uni, enfin ! Tous les hommes, au-delà de leurs différences nécessaires, réunis dans l’adoration de Dieu et construisant, ici et maintenant, le royaume céleste sur la Terre... Mais comment le croire ? Depuis plus d’un siècle, rien n’a vraiment changé : les hommes sont toujours les mêmes. Il suffit de regarder autour de soi !

THOMAS
Avant d’être chêne, le gland passe un long temps sous les feuilles mortes...

ALAIN (toujours vers le public)
Il faudrait donc vous croire quand vous affirmez que l’histoire des hommes est marquée par ces messagers divins : Krishna, Bouddha, Moïse, Jésus et Mohammad qui seraient la cause du progrès des hommes ?... (un temps) Au fait, Vojdani, on ne me raconte pas la fin ?

NOÉMIE
Tu la connais.

ALAIN
Euh… je suppose qu’il a reconnu Bahá’u’lláh comme ce messager divin annoncé par toutes les religions ? Il est devenu bahá’í ? Il a fait de grandes choses ?...

NOÉMIE
C’est tout à fait cela.

ALAIN (hésitant)
Bon... Ben... C’est bien joli tout ça, mais moi, où je suis là-dedans ? Qu’est-ce que je dois faire ?



NOÉMIE
Si Vojdani n’a fait que t’intéreser, sans toucher ton cœur, continue à vivre omme tu peux. Essaie de causer le moins de problèmes possible aux autres. Mais s’il a su te toucher, fais comme lui, cherche. Tu peux découvrir d’autres vies de bahá’ís d’hier et d’aujourd’hui : on les tue encore dans certains pays, tu sais...
ALAIN
Oui...
BERNARD
Mais aussi, tu peux lire les Écrits de Bahá’u’lláh, étudier les textes, réfléchir sur les idées,

ALAIN
Oui...

THOMAS
Poser des questions et ...

NOÉMIE
Prier. Peut-être qu’un jour tu sentiras ...

ALAIN
Oui... oui...

NOÈMIE
Nous t’aiderons.

ALAIN
Oui. J’en aurais besoin.

NOÉMIE
Mais sur le chemin, n’oublie jamais que le plus grand don que Dieu fit à l’homme, c’est son intelligence : sers-t-en !

THOMAS
N’oublie pas non plus le grammairien : que ton intelligence n’aveugle pas ton cœur !

ALAIN
Je n’oublierai pas. Ni la constance de Vojdani, ni son humilité... Qu’a-t-il dit en réalisant qu’il avait enfin atteint son but : eurêka ?

THOMAS
Non, ça, c’est un autre ! Il s’est probablement exclamé ce que les bahá’ís disent en se saluant : « Alláh’u’Abhá », c’est-à-dire : Dieu est le plus glorieux !

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